Pour qui souhaite comprendre concrètement comment se construit un accompagnement : les médiations que je mobilise, le déroulé d'une séance et le cadre clinique de la démarche.
Mes dominantes sont les arts plastiques, la musique et la dramathérapie (masque, marionnette, travail par exercices). L'expression corporelle vient compléter l'accompagnement selon les besoins de la personne.
Médiums : peinture (acrylique, gouache, aquarelle), encres, dessin (fusain, pastels, graphite), modelage (argile, plâtre), collage de textures, assemblage de matériaux.
Processus : sollicitation du volume, travail de la matière, projection des couleurs, déconstruction et reconstruction par le découpage/assemblage.
Visée : ancrage sensoriel, extériorisation des affects intenses, projection symbolique et restauration narcissique.
Outils : percussions (djembé, claves, maracas), instruments intuitifs (kalimba, tongue drum), travail de la voix et percussions corporelles.
Approches : démarche active (improvisation rythmique, dialogues instrumentaux) et réceptive (écoute ciblée, relaxation sous induction musicale), inspirées des principes de la musicothérapie.
Visée : soutien des fonctions cognitives et de la mémoire affective, mise en forme de ce qui se dit difficilement par les mots, apaisement des états anxieux.
Supports : masques expressifs, marionnettes, contes et histoires, objets et accessoires symboliques.
Pratiques : j'aborde cette médiation par des exercices plutôt que par le jeu théâtral en situation réelle : manipulation de la marionnette, travail du masque, mises en situation courtes et accessibles, sans exigence de performance scénique.
Visée : la mise à distance par l'objet (masque, marionnette) offre une distance protectrice : on explore autrement ce qui pèse, on essaie une posture, on s'éprouve capable de se reconfigurer — sans s'exposer directement.
Médiation complémentaire, mobilisée selon les besoins.
Moyens : mouvement spontané, gestion des appuis au sol, travail postural et respiratoire, objets transitionnels (cerceaux, voilages).
Pratiques : là aussi par exercices — accordage en binôme, traduction corporelle des émotions, alternance contraction/relâchement, repères spatio-temporels — sans visée chorégraphique ni performance.
Visée : réappropriation du schéma corporel, libération des tensions somatisées, restauration de l'estime de soi physique.
Trois choses à distinguer : ce qui se passe en séance, le cadre d'intervention, et les à-côtés qui font vivre l'atelier dans la durée.
Chaque séance suit une trame issue de la méthode pluriexpressionnelle (approche de Colette Larcanché, enseignée chez Puzzle, où je me suis formé) — du ressenti intérieur jusqu'à la mise en mots.
Temps d'intériorité
Avant de créer, se relier à ses ressentis corporels et se rendre disponible — relaxation, visualisation, ancrage.
La création partagée
Le mouvement va de l'intérieur vers l'extérieur : sensations et images se mettent en forme dans le médium, conscient et inconscient se relient.
Le dialogue avec l'œuvre
Face à la production, la personne s'approprie son œuvre et, dans le même geste, s'en détache. L'œuvre devient un miroir à distance.
Le temps de partage
Un échange verbal sur le vécu de la séance. Mettre des mots prolonge le travail de symbolisation amorcé par la création.
La séance n'est que la partie visible du travail. Concevoir et faire vivre un atelier dans la durée mobilise des tâches au-delà des heures de séance — c'est ce qui fait sa continuité au sein de l'établissement.
Pris ensemble, ces temps font la différence entre des séances isolées et un atelier vivant, inscrit dans la durée. Nous définirons ensemble le volume horaire adapté à votre organisation ; un mi-temps offre souvent un bon équilibre.
Comment l'art-thérapie agit concrètement — pour qui souhaite comprendre la démarche clinique.
L'art-thérapie pluriexpressionnelle ne se limite pas à une seule discipline artistique. Elle mobilise plusieurs langages expressifs — plastique, sonore, corporel, narratif, photographique — en les articulant en fonction de la personne, de son histoire et de ses besoins du moment.
Ce n'est pas le bénéficiaire qui s'adapte à la médiation. C'est la médiation qui s'ajuste à ce que le bénéficiaire peut fournir, à ce qu'il cherche à dire sans encore le formuler.
Cette souplesse est précieuse en institution : elle permet d'accueillir des personnes aux profils très différents au sein d'un même suivi, et d'ouvrir plusieurs portes d'entrée vers l'élaboration psychique.
En art-thérapie, ce n'est pas l'œuvre qui compte — c'est ce qui se passe en la faisant, et ce qui se passe après.
La production
L'acte de faire. Le bénéficiaire entre en contact avec la matière, l'instrument ou le mouvement. Ce moment d'engagement corporel et sensoriel contourne les défenses verbales et ouvre un espace d'expression directe.
Le médium comme tiers — la stratégie du détour
La production artistique n'est pas un simple outil : elle devient un partenaire actif de la relation thérapeutique. Trois pôles en circulation permanente — bénéficiaire, thérapeute, médium — constituent ce que Jean-Pierre Klein appelle la triangulation.
Le bénéficiaire ne parle pas directement de ses souffrances : il les projette sur la matière, il travaille sur l'œuvre pour travailler sur lui-même. C'est la stratégie du détour — une distance protectrice qui libère là où la parole directe bute.
Le thérapeute, lui, n'interprète pas l'œuvre. Il accueille la production sans jugement esthétique et soutient le parcours créatif sans interrompre ce qui se déploie.
Le ressenti — se recréer soi-même
Un temps d'échange sur le vécu de la création : ce qui a surpris, gêné, soulagé. C'est ici que le processus créatif devient thérapeutique — quand le bénéficiaire passe d'un état de sidération à un état de création, et devient auteur de son propre récit.
On ne sait pas à l'avance où mène une création — et c'est précisément cette part d'imprévu qui la rend thérapeutique. Mon rôle n'est pas de diriger ce chemin, mais d'en sécuriser le cadre et de le rendre lisible pour l'équipe.
« L'art-thérapie est l'art de se projeter dans une œuvre comme message énigmatique en mouvement et de travailler sur cette œuvre pour travailler sur soi-même. »
Jean-Pierre Klein — psychiatre, fondateur de l'INECAT
Échangeons sur le profil de vos usagers et la façon dont l'art-thérapie pourrait s'intégrer à votre service.